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Figures du militantisme féminin dans la France médiévale

Figures du militantisme féminin dans la France médiévale

Figures du militantisme féminin dans la France médiévale

Helen Solterer

Panneaux: Vol. 16, n ° 3 (printemps 1991)

Abstrait

De nos jours, où la chevalerie est partout en déclin et que personne n’ose plus faire de tournois, et que tous les chevaliers sont des lâches, les femmes sont d’autant plus courageuses au combat. »

Cette voix plaintive, déplorant la perte de prestige militaire des hommes, sonne l’alarme sur la figure des femmes combattant pendant le haut Moyen Âge. À un certain niveau, il annonce le syndrome classique du «monde à l'envers», taquinant son public français du XIIIe siècle avec une image de désordre social. Sur un autre, il présente l'idée des femmes dans un cadre martial, évoquant une question épineuse touchant les familles et les communautés à travers l'Europe médiévale.

Non seulement ces formulations sont rares, mais elles sont rendues doublement difficiles à interpréter en raison de leur ton ambigu. Cette vision du renversé est-elle conçue en plaisantant? Ou est-ce le signe d'une controverse qui remet en question l'ordre dominant, tout comme il s'écarte des conventions médiévales de représentation des femmes? Compte tenu de ces conventions, de nombreux critiques ont tendance à traiter une telle déclaration à la légère. Pour eux, la représentation narrative ouvre souvent un espace dans lequel les femmes sont autorisées à jouer ce qui leur est autrement interdit. Les récits de nombreux types peuvent offrir des scénarios ironiques, mais guère plus. Pourtant, si l'on considère la relation entre la représentation et les réalités sociales sous un autre angle, un aspect différent de la figuration entre en jeu: le passage ci-dessus traduit des situations changeantes pour les femmes dans la société médiévale élevée, voire des changements dans les moyens mêmes de les textualiser. De ce point de vue, ce qui est représenté comme de la comédie ou de la pure fantaisie dément une admission rétrograde des perspectives de militantisme féminin.

Dans la lignée de cette plainte évocatrice, je souhaite enquêter sur diverses représentations de la femme guerrière. Je porterai mon analyse sur un groupe peu connu de quatre récits du XIIIe siècle, Li Tournoiement en tant que dames (The Ladies 'Tournament), et plus précisément avec la version attribuée à Pierre Gencien. Le titre de ces textes est frappant: placer des chevaliers sur le terrain est une chose, mais pour un poète, représenter des femmes au combat rompt avec la norme. Les quatre Tournoiement introduire une cavalcade de Parisiennes aristocratiques et bourgeoises qui montent en vue, bottées et éperonnées. Pratiquement indiscernables des combattants masculins habituels, les femmes montrent toute leur intention d'utiliser leurs armes de manière experte. Leur préparation au combat est mise à l'épreuve. Un tiers du texte de Gencien décrit une mêlée féminine. Ici aussi, les femmes égalent les guerriers masculins en courage et en force physique. Le narrateur masculin rapporte les joutes furieuses entre femmes - même les fortunes - qu'il observe dans un rêve. Un champion émerge enfin et reçoit le plus grand compliment d'héroïsme du Moyen Âge: «Aucun homme ne l'a vue comme. Ah! Roland… si vous aviez eu des femmes d'une telle force dans votre entreprise.



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