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«Honte à celui qui leur permet de vivre»: la Jacquerie de 1358

«Honte à celui qui leur permet de vivre»: la Jacquerie de 1358

«Honte à celui qui leur permet de vivre»: la Jacquerie de 1358

Par Douglas James Aiton

Thèse de doctorat, Université de Glasgow, 2007

Résumé: Aux yeux des chroniqueurs, la Jacquerie de 1358 fut la plus importante révolte paysanne de la fin du Moyen Âge en France. Pourtant, malgré cela, le soulèvement n'a pas généré la qualité d'érudition que d'autres révoltes de la fin du Moyen Âge ont encouragée, comme la Ciompi de 1378 à Florence ou la Révolte des paysans anglais de 1381. Dans la perception populaire, la Jacquerie reste une violente émeute spasmodique typique de la soi-disant «révolte préindustrielle», elle-même un modèle transmis il y a trente ans et jamais rigoureusement examiné. Plutôt que de se concentrer sur la complexité du soulèvement, les travaux récents se sont concentrés sur la question de savoir si la rébellion a été cooptée par les élites (une théorie que cette thèse démystifiera); en effet, la dernière monographie substantielle sur le sujet était celle de Simeon Luce Histoire de la Jacquerie en 1896. Le travail de Luce a utilisé des lettres de remise, des pardons payés délivrés par la couronne française, pour transmettre une vision plus sympathique des rebelles. Cependant, Luce n'a jamais pleinement exploité les documents et n'a cité qu'occasionnellement de leurs récits. En examinant systématiquement les rémissions, et en revenant à l'ensemble des documents disponibles, cette thèse offre «une toute nouvelle vision de la révolte, de son leadership, de ses dimensions géographiques, de sa durée, de son organisation et de son idéologie. De plus, il remet en question de nombreuses théories anciennes sur la «foule» médiévale comme insensée, vouée à l’échec et dominée par le clergé et d’autres élites. À leur place, il construit un nouveau modèle autour des liens communautaires dans le village médiéval, d’une organisation sophistiquée au sein même de la révolte et de l’identité des participants comme facteur déterminant de l’idéologie de la foule.

Isolé, il peut être un individu cultivé; dans une foule, il est barbare, c'est-à-dire une créature agissant par instinct. Il possède la spontanéité, la violence, la férocité mais aussi l'enthousiasme et l'héroïsme d'êtres primitifs auxquels il tend en outre à ressembler par la facilité avec laquelle il se laisse impressionner par les mots et les images… Un individu dans une foule est un grain de du sable au milieu d'autres grains de sable, que le vent attise à volonté.

Ainsi écrit Gustave Le Bon dans son étude classique La foule, une étude de l'esprit populaire de 1896. Cette image de la foule a dominé les domaines de l'histoire et de la psychologie pendant un temps considérable: une révolte représente une violence spontanée, barbare, primitive. Pire encore, les individus au sein du mouvement étaient impuissants à résister - la «contagion» de la barbarie au sein de la foule était imparable. Ceux qui sont pris dans l'émeute manquent de contrôle sur leur destin - les actions sont instinctives plutôt que planifiées. La foule cède à ses instincts primitifs et perd avec elle sa capacité de raison: «[l] es lois de la logique n’agissent pas sur les foules». Au sein du groupe, tout individualisme est perdu et «impressionné par les mots et les images», les rebelles possédaient le même état d’esprit.


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